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Bonne réception et batteries chargées : comment les jeunes Bruxellois et Bratislaves tisseront-ils des liens en 2035 ?

  • ##Question3 #JeunesseEn2035 #2021

Bratislava : Salut Bruxelles, sympa de te voir. Comment ça va?

Bruxelles : Hey Bratislava ! Pour tout te dire, j’en ai un peu marre des appels Zoom. Avec tout ce télétravail les derniers 18 mois, j’ai vraiment eu ma dose.

Bratislava : Je te comprends. Ça fait vraiment du bien d’enfin revenir à la vie hors ligne! Les terrasses et les bars sont à nouveau ouverts, tout le monde est rentré de vacances et a retrouvé son rythme de travail, les jeunes vont à l’école… La Slovaquie fait partie des pays de l’UE où les écoles ont été fermées le plus longtemps pendant la première et la deuxième vague de Covid-19. Du coup, tout le monde est vraiment excité de pouvoir retourner sur les bancs de l’école.

Bruxelles : Oui, c’est clairement une des conséquences positives de ce qu’on a vécu. La scolarisation semble revalorisée, aussi bien par les parents que par les jeunes. Mais la pandémie nous a aussi lancé quelques défis en ce qui concerne la jeunesse. Je suis super enthousiaste à l’idée de joindre nos forcesapprofondir le sujet ensemble!

Bratislava : Moi aussi! Bratislava – Bruxelles, comme quoi il y a des avantages à se suivre dans la liste alphabétique des capitales d’Europe. Et du coup, l’idée de ce projet c’est donc d’explorer « la jeunesse en 2035 » dans le but de renforcer la position des jeunes dans nos sociétés ?

Bruxelles : Exactement. Et l’étape suivante sera de rendre nos découvertes tangibles en les exprimant sous forme d’histoires futures, comme l’émission de radio du futur que BrusselAVenir a produite ici l’année dernière. Ce genre d’histoires peut nous aider, en tant que villes, à prendre de meilleures décisions aujourd’hui.

Bratislava : Cool! Et en incluant les jeunes dans le processus, nous les aidons à découvrir leur potentiel et les engageons dès maintenant dans le façonnement de nos villes.

Bruxelles : C’est ça. Et vu le rôle crucial qu’ils jouent dans les villes, nous les avons même surnommés les “Engrais du Futur” de notre ville dans le cadre de notre projet, pas vrai?

Bratislava : Tout à fait. Il faut dire qu’ils ne sont pas seulement les entrepreneurs, les enseignants, les politiciens et les chefs de famille de demain. Aujourd’hui déjà, ils ont leur propre regard sur la façon dont nous pourrions changer les choses. En tant qu’Engrais du Futur, ils sèment et fertilisent la jeunesse de l’avenir.

Bruxelles : Il y a beaucoup de jeunes dans nos villes. Pour ma part, je ne fais que rajeunir depuis les années 1970! Je suis la plus jeune région de Belgique et la plus jeune capitale de l’UE: un tiers de ma population a moins de 25 ans! Alors oui, attardons-nous sur ce groupe. Rappelle-moi, Bratislava, comment définissons-nous la jeunesse dans ce projet ?

Bratislava : La jeunesse est le moment où les enfants deviennent progressivement autonomes vis-à-vis de leurs parents. C’est la période au cours de laquelle ils développent leurs idées et leur identité. Cela passe par leurs relations les uns avec les autres. L’Union européenne définit les jeunes comme ayant entre 13 et 30 ans, c’est donc cette catégorie d’âge que nous considérerons pour notre projet.

Bruxelles : Mais regarde-nous, nous avons plus de 1000 ans. Je ne suis pas sur TikTok, je n’investis pas dans les cryptos… Rester en contact avec les jeunes a toujours été un défi, et les développements technologiques rapides ne facilitent pas les choses. Les jeunes d’aujourd’hui, qu’on appelle la génération Z (nés entre 1996 et 2010), forment un groupe compliqué à définir, plus difficile à suivre et pas évident à imaginer dans le futur.

Bratislava : Mais attends, en 2035, ils auront entre 25 et 40 ans… ce n’est plus de la jeunesse, ça!

Bruxelles : C’est tout à fait vrai. Les jeunes de 2035 seront majoritairement issus de la génération Alpha, c’est-à-dire nés entre 2011 et 2025. Ils auront entre 10 et 24 ans en 2035.

Bratislava : Ça veut donc dire que nous allons étudier le devenir d’une génération dont certains membres ne sont même pas encore nés… Devons-nous faire appel à des oracles et des astrologues?

Bruxelles : Haha! Non, pas vraiment. Nous pouvons nous baser sur certaines informations existantes, qui pourront nous aider à explorer leur évolution potentielle. Chaque génération est fortement déterminée par certains éléments comme l’époque à laquelle elle grandit et la réalité matérielle qui l’entoure. Par exemple, la Génération silencieuse a traversé la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale et écoutait la radio. Les Baby-boomers ont grandi dans la prospérité économique d’après-guerre avec l’idée que les choses allaient s’améliorer, et les nouvelles leur parvenaient via la télévision.

Bratislava : Ok, je te suis. De la même façon, la génération X a été façonnée par des circonstances économiques difficiles dues à la deuxième crise pétrolière, la guerre froide et la fin de la liberté sexuelle avec l’apparition du VIH. C’est la génération MTV, celle des magnétoscopes et des baladeurs.

Bruxelles : Et puis nous avons la génération Y. Ils ont grandi avec des problèmes mondiaux comme le terrorisme. L’essor d’Internet et des réseaux sociaux a façonné leur vie.

Bratislava : Du coup, en étudiant les tendances et les développements technologiques qui influenceront les mondes possibles de 2035, nous pouvons nous faire une idée de ce à quoi pourrait ressembler la tranche d’âge suivante. Et bien sûr, nous pouvons déjà examiner leur vie en tant qu’enfants.

Bruxelles : Nous pouvons également observer leurs parents, la génération par laquelle ils sont élevés.

Bratislava : La plupart des membres de la génération Z sont des enfants de la génération X, plus pragmatique, et la plupart des enfants Alpha seront les descendants de la génération Y, connue pour être plus rêveuse.

Bruxelles : Voilà. Alors, les jeunes d’aujourd’hui et ceux de 2035: que pouvons-nous dire d’eux ?

Bratislava : La génération Z grandit dans un monde au rythme effréné, au milieu de crises mondiales comme la crise financière, le changement climatique et la crise de la démocratie – pensez au Printemps arabe, par exemple. Ils grandissent avec un accès Internet sans limite, partout et via différents appareils, constamment exposés à l’information. Les influenceurs sur les réseaux sociaux sont leurs héros, comme le YouTuber PewDiePie ou GoGo en Slovaquie.

Bruxelles : Et la Generation Alpha grandit dans toujours plus de chaos, de complexité et de contradiction?

Bratislava : C’est le moins qu’on puisse dire, et tout ça en jouant contre des bots, attirés par tout ce qui a un écran – j’ai hâte de voir quel impact tout cela aura.

Bruxelles : Leurs arrière-arrière-arrière-grands-parents en Europe ont connu une période pendant laquelle on brûlait des personnes innocentes sur un bûcher. Les enfants alpha devraient pouvoir survivre aux smartphones et aux tablettes, non?

Bratislava : Pas faux. Honnêtement, je ne me fais pas trop de soucis non plus.

Bruxelles : La génération Alpha est censée devenir la génération la plus instruite de l’histoire et la plus férue de technologie. Leur grand challenge, ce sera d’en gérer à la fois les opportunités et les défis.

Bratislava : Les réseaux sociaux seront leur mode d’interaction dominant. Leurs amis pourraient être des robots, ils pourraient avoir des nanotechnologies dans leur corps qui surveillent leur santé, des dispositifs de lecture mentale ou des implants avec n’importe quelle fonction. Pourront-ils encore écrire ou conduire une voiture?

Bruxelles : Ou parler à un inconnu sans masque?

Bratislava : Tu as vu qu’on envisage de changer le nom de la génération Alpha en génération C, en référence à COVID?

Bruxelles : Haha! Non, je ne savais pas. On dirait que pour certaines personnes, nommer et jongler avec les stéréotypes générationnels est un véritable passe-temps. Mais tu sais, la pensée générationnelle a ses avantages et ses inconvénients…

Bratislava : C’est clair. Il y a autant de différences que de similitudes lorsqu’on compare différentes générations, c’est une généralisation plutôt drastique au final.

Bruxelles : Surtout qu’avec chaque génération, il devient de plus en plus difficile de généraliser. Par exemple, la génération Z: ils grandissent sur Internet et personne ne sait ce qu’ils y font. Une fois sortis de leur obsession pour les films Disney, ils lancent une chaîne YouTube pour partager leurs créations artistiques sur ongles, avant de se jeter corps et âme dans Fortnite et Dinosaur Metal, pour finalement décider de se convertir au bouddhisme, le tout en communiquant à l’aide de mèmes.

Bratislava : C’est vraiment ça. Ils ont tellement de liberté et de créativité pour former leur identité, que cela crée une diversité jamais vue auparavant au sein d’une même génération.

Bruxelles : Ajoute à ça le fait que je sois la ville la plus cosmopolite d’Europe et la deuxième au monde, avec plus de 180 nationalités et 108 langues différentes parlées! Au-delà des origines ethniques et culturelles très diverses, les différences entre les jeunes de différents quartiers sont également importantes à prendre en compte.

Bratislava : Contrairement à toi, Bruxelles, ma diversité est assez limitée pour l’instant. Nous avons de petits groupes d’étudiants internationaux et quelques groupes ethniques, mais ils sont tous très intégrés. En revanche, on peut parler d’une certaine diversité d’opinions, de valeurs et d’états d’esprit qui grandit rapidement chez moi. En raison de mon ouverture d’esprit, j’attire par exemple des personnes de la communauté LGBTQIA+, qui se sentent plus acceptées ici que dans les régions plus rurales du pays.

Bruxelles : Cette diversité rend parfois ma jeunesse difficile à comprendre, à atteindre et à impliquer. Mes jeunes sont très connectés à leurs pairs, à leur quartier et à leur origine ethnique, mais leur lien avec le reste de la ville est plutôt pauvre. Un quart des jeunes sont au chômage et se sentent déconnectés de la politique et de leur ville. Beaucoup d’entre eux se sentent exclus et stigmatisés par les médias et la police. C’est un sujet sensible, mais très actuel.

Bratislava : En Slovaquie également, il y a un manque de confiance dans les politiciens et les institutions. 80% des jeunes Slovaques pensent que leur voix n’est pas entendue. En conséquence, nous assistons à la montée de l’extrême droite ainsi qu’à une popularité grandissante pour certaines théories du complot. Même si beaucoup de jeunes admirent mon maire actuel Matúš Vallo, ils ne s’engagent pas dans les affaires publiques. Le système ne prépare pas les jeunes pour leur avenir, et ils ne sont pas contents.

Bruxelles : Alors… s’il y a un sujet concernant la jeunesse de 2035 que nous devrions étudier, d’après toi… quel serait-il, Bratislava ?

Bratislava : Tout comme toi, nous avons fait beaucoup de recherches, parlé à des experts et recueilli plus de 277 questions de citoyens. Un thème récurrent et très actuel semble être la santé mentale de nos jeunes, influencée par la pandémie mais aussi par le rôle croissant de la technologie dans leur vie.

Bruxelles : Intéressant… Dis m’en plus.

Bratislava : L’adolescence est une période cruciale pour développer des habitudes sociales et émotionnelles importantes pour le bien-être mental. On observe une augmentation des troubles mentaux, et l’apparition de nouvelles formes comme l’orthorexie, la bigorexie et l’anxiété climatique, et la plupart des cas restent sous-diagnostiqués et sous-traités. En 2020, IPčko (une ligne d’assistance slovaque) a fourni 52 682 fois de l’aide à des personnes qui en avaient besoin. La même année, en raison de l’énorme charge de travail, 60 147 demandes d’assistance n’ont malheureusement pas pu être satisfaites.

Bruxelles : La situation est similaire ici. Déjà avant la pandémie, de nombreux jeunes ne se sentaient pas bien. La génération Y est parfois surnommée la génération sacrifiée, et manifeste des signes de stress et de frustration élevés au travail. Maintenant, les Gen Zers, qui sont encore aux études, se sentent également épuisés, déprimés et frustrés dans leur vie personnelle. Un indicateur frappant est le taux de suicide: en Belgique, le suicide est la cause de décès la plus fréquente chez les jeunes de 15 à 24 ans. Des recherches récentes ont montré que pendant la crise du COVID-19, 1 jeune sur 4 entre 18 et 29 ans a envisagé le suicide.

Bratislava : Ce sont des chiffres inquiétants. L’époque à laquelle ils grandissent n’est pas facile, évidemment. Ils ont beaucoup d’options, et leur succès est dans leurs mains. Toute personne ayant accès à Internet peut réussir de nos jours, n’est-ce pas? Mais les chemins qui mènent à cette réussite sont flous, et souvent leurs parents ne savent pas non plus comment les guider.

Bruxelles : En effet. Tout est possible, ils peuvent être eux-mêmes et ils ont beaucoup de liberté. D’autre part, ils souffrent aussi du manque de frontières et de certitudes. Et ils ne savent pas à qui faire confiance et ce qui est réel.

Bratislava : Du coup, tant qu’ils ont assez de batterie et une bonne réception sur leur téléphone, ils peuvent toujours se référer à ce qu’ils trouvent sur les réseaux sociaux, pas vrai?

Bruxelles : Les réseaux sociaux sont l’endroit où ils échangent avec leurs pairs et vont chercher conseil pour leur vie: des recettes pour être plus cool, plus performants ou encore se faire coiffer. Mais dans quelle mesure ces plates-formes sont véritablement un environnement sain, ça, c’est discutable.

Bratislava : Tu as vu « The Social Dilemma »?

Bruxelles : Oui! Tout le débat sur la façon dont les géants tech manipulent notre attention est passionnant et très actuel. Mais jusqu’à présent, seuls les employés des entreprises tech et leurs enfants ont quitté les réseaux sociaux.

Bratislava : Et c’est précisément via ces canaux que les jeunes sont bombardés d’informations sur l’état terrifiant du monde: la politique, les droits humains, le climat, …

Bruxelles : … les pandémies ?

Bratislava : Oui, aussi. Cela nous amène à l’impact de COVID-19 sur la santé mentale des jeunes. Planifier l’avenir est tout à coup devenu impossible. Confinés avec des parents parfois très dominants et stricts, certains même agressifs, ou à l’opposé très laxes et absents, ils ont parfois été exposés à des situations difficiles. La vie sociale est passée d’un environnement hybride entre le physique et le digital, à un environnement exclusivement en ligne. Ne pas pouvoir sortir avec ses amis, c’est dramatique à cette étape de la vie. La génération Z a vécu cela très consciemment, mais la génération Alpha sera également impactée.

Bruxelles : Parmi les différentes causes des problèmes de santé mentale, l’importance de relations saines est devenue une évidence pendant la pandémie de Covid-19. La Fondation pour la Santé Mentale définit ces relations comme « la manière dont deux personnes ou plus sont connectées, ou l’état d’être connecté ». Des études récentes menées en Irlande et aux États-Unis ont montré que des interactions sociales et relations négatives augmentent le risque de dépression, d’anxiété et d’idées suicidaires, tandis que les interactions positives réduisent ce risque.

Bratislava : Et si nous prenions ces relations saines comme point central de notre exploration de la jeunesse en 2035?

Bruxelles : Oui ! L’avenir pourrait apporter une numérisation croissante de nos vies (sociales), un rôle plus important pour les bots comme dans “Her”, des relations plus éparpillées à travers le monde, et bien d’autres évolutions. Analysons donc avec nos citoyens ce que cela pourrait signifier d’avoir des relations saines en 2035, et comment les villes du futur peuvent soutenir la formation de relations saines pour les jeunes…

Bratislava : …c’est donc notre question de recherche: “bonne réception et batteries chargées : comment les jeunes Bruxellois et Bratislaves tisseront-ils des liens en 2035 ?”

Bruxelles : Exactement! Et nous conduirons nos recherches avec le plus de citoyens possible.

Bratislava : Ceci est donc un appel à tous nos lecteurs : envie de vous lancer dans cette aventure un peu folle? Dites-le nous!

Bruxelles : Des lieux comme des centres culturels ou des maisons de jeunes pourraient accueillir nos rassemblements et nos labs, et nous pouvons leur proposer des activités passionnantes ayant à faire avec le futur. Nous recherchons des écoles, des agences de recherche, des étudiants qui aiment faire de la recherche sur la jeunesse, sur la santé mentale, sur la technologie ou sur l’avenir, qui aiment expérimenter avec de nouvelles méthodes de diffusion de ces recherches. Nous aimerions collaborer avec des créateurs qui souhaitent co-créer du contenu sur l’avenir des jeunes. Créatifs et créateurs en tout genre, vous êtes officiellement invités à participer à cette expérience de création d’une histoire du futur.

Bratislava : En bref, nous trouverons un rôle pour chaque personne volontaire. Et promis, ce sera amusant!

Bruxelles : Oh oui!

Bruxelles : Allez, prends soin de toi et à bientôt.

Bratislava : Toi aussi! Ciao, Bruxelles !

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