Repenser la ville
Imaginer les avenirs
Un avenir pour tous
Bruxelles pour tous
L'avenir commence aujourd'hui
Repenser la ville
Imaginer les avenirs
Un avenir pour tous
Bruxelles pour tous
L'avenir commence aujourd'hui
Certaines des questions qui ont été soulevées lors du laboratoire de création d’univers et de fiction futuriste, inspiré par certaines pratiques d’Elise Boulding.
Si nous abordons la question de la paix dans le contexte actuel, 200 ans après aujourd’hui, en remontant 100 ans en arrière (pensez à vos grands-parents et arrière-grands-parents), puis en avançant 100 ans dans le futur (pensez à vos petits-enfants et arrière-petits-enfants ou à ceux d’autres personnes)… que voyons-nous, entendons-nous et pensons-nous ?
Qu’est-ce que la paix ? Que signifie le continuum entre la paix et le conflit ?
Comment la signification de la paix a-t-elle évolué au fil du temps ? Quelles sont les pratiques de paix aujourd’hui ? Quelles étaient-elles à l’époque ? Quelles seront-elles à l’avenir ?
Quelle était la paix à laquelle aspiraient nos grands-parents ? Qu’est-ce qui a perturbé la paix dans le passé ? Comment cela nous amène-t-il à réfléchir à la paix aujourd’hui ?
Qu’est-ce que la paix si ce n’est l’absence de conflit ? La paix ouvre-t-elle un espace pour gérer les conflits ? La paix est-elle un privilège ? Comment pouvons-nous partager ce privilège ?
La paix a-t-elle la même signification pour tout le monde ? L’expérience de la paix d’une personne perturbe-t-elle la paix des autres ?
Pouvons-nous transmettre les pratiques de consolidation de la paix d’une génération à l’autre ? Naissons-nous dans la paix ?
Quel est le rôle d’une ville dans la garantie de la paix pour tous ? Que signifie vivre ensemble en paix ? Comment les infrastructures urbaines influencent-elles la paix ? Comment la densité croissante de la ville affectera-t-elle sa tranquillité ? Comment résoudre les conflits dans des villes diversifiées ?
Quel est le lien entre la paix et la sécurité ?
Que signifie la paix pour les autres espèces ? Quel est le lien entre la paix et notre relation avec les autres espèces ?
Quel est le rythme de la paix ? Comment la ressent-on ?
Qu’est-ce que la paix dans un monde numérique ? Comment la technologie influence-t-elle la paix ? Les conflits et la paix sont-ils différents dans les communautés en ligne et hors ligne ? Quelles technologies sont disponibles pour gérer les conflits, la paix et la médiation pacifique ?
Comment enseigner les pratiques de consolidation de la paix ? Quel est le rôle de la famille dans la paix ? Comment les nouvelles situations familiales influenceront-elles la paix en 2048 ?
Quel sera l’impact de la crise climatique sur la paix ?
Comment les nouveaux arrivants et les anciens Bruxellois gèrent-ils les conflits et la paix ? Comment aider les personnes souffrant de traumatismes liés à la guerre ? Comment Bruxelles sera-t-elle touchée par les conflits mondiaux ?
Y aura-t-il des guerres en 2048 ? Si oui, entre qui et pour quelle raison ? À quoi ressemblera la guerre ?
Quelles seront les puissances mondiales en 2048 ? Quelle sera la position de l’Europe ? Quel sera son impact sur le rétablissement de la paix ?
Comment trouver la paix tout en pleurant le monde ?
Le scénario suivant est un scénario futuriste pour Bruxelles basé sur deux jours de worldbuilding, au cours desquels nous avons approfondi le thème de la paix et des pratiques de consolidation de la paix.
Le vent souffle fort. La population est très dense et plus fluide que jamais. Le changement climatique a rendu les gens plus nomades et moins attachés à leurs biens. Il règne une atmosphère « méridionale » dans les rues, les gens parlent une « langue fantastique ». Des « familles accidentelles » vivent en communauté dans d’anciens immeubles de bureaux. Des sessions d’apprentissage intergénérationnel sont organisées au bord de l’étang, ainsi que des programmes d’apprentissage tout au long de la vie. Un mouvement de parents organise des sessions d’étreintes et de poignées de main. Le grand débat actuel porte sur l’abolition de la notion de punition. Il existe des cercles de réparation et de guérison.
On entend et on sent un rythme mystérieux de paix, la ville semble être un jardin de paix. Est-ce l’emplacement et la diversité de Bruxelles qui constituent un terrain fertile pour cultiver des pratiques de paix ? Des rumeurs circulent sur la présence d’une machine de paix dans la ville. Personne ne sait où elle se trouve. Certains prétendent l’avoir entendue. D’autres l’ont sentie, puis certains ont été invités à aller la visiter. Certaines personnes la recherchent avec impatience. Certains disent qu’il s’agit d’un grand cube de verre à l’intérieur du Palais de Justice, ce qui est impossible à vérifier. Les chiens semblent entendre la fréquence de la machine. Certains Bruxellois communiquent par télépathie avec la machine de paix et aident les autres à la comprendre. Il y a beaucoup de sceptiques qui rejettent la présence d’un tel objet dans la ville.
La machine de paix…
… recueille des informations partout et possède des capacités spéciales pour communiquer avec les non-humains. …
a un pouvoir de guérison et suit un processus en sept étapes pour rétablir la paix chez les personnes dans le besoin. …
répand un liquide vaporisé dans toute la ville pour garantir que les plantes, les animaux et les personnes puissent prospérer grâce à une qualité de l’air exceptionnelle, et puissent faire pousser des plantes et des fleurs. …
peut s’adapter à différents contextes pour répondre aux besoins et changer d’orientation.
… capture les histoires de la ville et tisse une riche tapisserie pour la ville. …
nous rappelle ce qui se passe au niveau mondial et que partager une planète signifie partager la responsabilité de rétablir l’équilibre et la paix. …
guide les gens pour qu’ils trouvent leur raison d’être. …
s’informe grâce au voyage dans le temps
Vous devez nourrir la machine de la paix avant d’interagir avec elle. Ce qu’elle mange reste un mystère. La machine de la paix adore être caressée. Elle émet des impulsions et, si vous vous trouvez à proximité, elle peut vous inciter à faire des choses surprenantes, comme nettoyer un verre. Il y a des moments où la machine de la paix se repose, lorsqu’elle est fatiguée et malade.
Les personnages suivants ont été développés au cours de deux journées consacrées à la création d’un univers autour d’avenirs possibles pour la paix et des pratiques de consolidation de la paix à Bruxelles, à partir d’une rumeur concernant une machine à paix.
Gus, le technicien de la machine
« Vous pouvez me poser encore 100 questions sur la machine à paix et j’essaierai d’y répondre, mais c’est un peu comme de la magie, vous savez. Vous pouvez m’accompagner pendant une journée si vous voulez. Nous allons nourrir la machine, la fertiliser, la réparer et la caresser… C’est comme si vous alliez apprendre à connaître la machine, les animaux, les plantes, la ville géométrique et vivante qu’est Bruxelles. »
Bruxellois anonyme
« Comme il est difficile de comprendre le concept de paix, il est difficile de comprendre le concept de machine de paix. Je pense que c’est la conscience collective. Elle est partout pour ne pas être un espace privilégié. »
Fear, une extraterrestre originaire de Proxima Centauri, la planète habitable la plus proche de la Terre, à base d’eau, mère de trois enfants, âgée de 122 ans.
« La machine de la paix se trouve donc au palais de justice (en construction depuis 72 ans maintenant), du moins c’est ce qu’on nous a dit. Car ce que nous avons vu, c’était une salle néoclassique vide avec un énorme cube de verre au centre. Mais je ne voyais toujours rien qui ressemblait à une machine dans cette pièce. Étrange ».
« Aujourd’hui, il y a eu une étrange perturbation dans le programme cognitif de la machine de paix. Comme un nœud complexe d’émotions refoulées, provenant d’une ligne temporelle parallèle. Je ne sais pas si cela venait du passé ou du futur, si c’était un mélange de chagrin, de colère et d’autre chose que je ne pouvais pas identifier. Peut-être que ce n’était pas un sentiment humain. Je pouvais voir certaines images, un motif répétitif avec un chien qui aboyait sur un groupe de personnes, des ouragans détruisant des maisons, un enfant courant dans un champ et un océan calme. Je ne pouvais pas identifier logiquement le lien discursif entre ces images. Je ne sais pas à qui appartiennent ces souvenirs et si je dois les signaler. »
Finn, un chien capable de communiquer avec les humains
« Je peux parler aux humains grâce à un implant IA dans mon oreille. J’entends une sorte de son/fréquence, inaudible pour la plupart des humains, c’est la machine de la paix, je crois. »
Ruby, le « vagabond » cueilleur (ils/elles), 70 ans
« Quelques jours plus tard, après avoir erré dans Bruxelles avec Finn, en suivant le son, nous sommes arrivés à la conclusion que la machine de paix n’était pas une machine visible ou tangible. Mais elle nous a aidés à nous trouver et, en suivant le son, la machine de paix nous a guidés vers notre objectif d’aider les autres ».
Jeremy, 16 ans, qui lutte pour trouver sa place dans le monde
« Je suis comme un bras, une extension de la Peace Machine. Je fonctionne en collectant des informations, en observant autour de moi et en utilisant ma sensibilité pour vraiment comprendre, car je comprends beaucoup de choses et la machine me donne des outils, comme celui-ci, avec lequel je peux regarder le sol, voir une fourmi passer, et simplement en dirigeant mon outil, communiquer avec la fourmi et comprendre ce qu’elle essaie de dire. Maintenant, mon problème est que je peux faire comprendre à la machine, mais je ne peux pas communiquer avec les autres êtres humains, car ils ne parlent pas la même langue ».
Salamandra, 38 ans, elle, enseignante
« J’ai fui mon pays à cause d’une guerre civile. Je suis enseignante ici, mais la réalité est très différente ici. Les élèves ont beaucoup de questions et je n’ai pas de réponses. Je me sens jugée. Quelqu’un m’a dit que si je voyais la machine de la paix, cela pourrait m’aider. Je suis désormais désespérée de voir la machine de la paix, de devenir une meilleure enseignante et de ramener le prototype de la machine dans mon pays. »
Anonyme, Bruxelles
« La machine de la paix est invisible, comme les réseaux de mycélium, et nous sommes les champignons. La machine transporte des informations et fait ce qu’elle doit faire dans un contexte et une situation donnés. Et nous, en tant qu’organismes faisant partie de ce réseau, recevons des impulsions pour rétablir l’équilibre, activer quelque chose ou arrêter de faire quelque chose. »
Voici, la petite voix dans notre tête
« Je suis Voici et je parle dans toutes vos têtes. J’influence tout le monde de l’intérieur. Je suis peut-être la voix de la machine à voix, de la machine à remonter le temps, de la machine à paix. »
Nous avons testé diverses activités d’éducation aux futurs (méthodes, séries d’activités, outils, jeux, etc.) au cours de sept sessions de formation à Bratislava, Poprad (Slovaquie), Bruxelles (Belgique) et Paris (France). En fonction du contexte, de l’objectif, de la durée et des participants de la session, les différents modules ont été utilisés dans des ordres différents au cours de chaque session. Nous avons développé un document pour partager ces modules éducatifs qui peuvent être utilisés pour des cours, des ateliers ou toute autre activité de groupe impliquant l’accès, la création et la discussion de l’avenir. Ce document a été conçu en pensant aux jeunes participants, mais il peut probablement être utilisé pour tous les publics. Dans la boîte à outils, vous trouverez quelques exemples pratiques de la façon dont nous avons utilisé ces modules dans notre travail avec les jeunes (16-25 ans). La publication est en anglais.
Notre partenaire YouthWatch a poursuivi ses recherches sur les tendances dans le cadre de ses activités Futures Literacy, et nous avons apporté notre contribution. Dans le document (en anglais) que vous trouverez ici, vous pourrez en savoir plus sur les tendances observées.
Au cours de ce projet, nous avons expérimenté des moyens d’apporter aux jeunes de la littératie des futurs. L’une de ces approches consistait à créer collectivement des œuvres de fiction des futurs. Les images créatives de futurs alternatifs ouvrent de nouvelles possibilités, rassemblent les gens autour de nouvelles perspectives et remettent en question les récits dominants sur l’avenir – en particulier lorsqu’elles sont créées par des voix que nous n’entendons pas souvent. Ce sont des outils utiles pour la transformation, ils déclenchent l’imagination et la conversation, et ils sont également amusants – ce qui, selon nous, est un motivateur important pour apprendre des choses. Ces activités, auxquelles ont participé près de 200 adolescents et jeunes adultes de Slovaquie et de Belgique, ont également apporter des idées sur la manière dont cette génération envisage son avenir et le nôtre.
Nous partageons ici quelques-uns des résultats du projet Futures Is Now : ce que les jeunes participants ont créé et ce que cela nous permet de comprendre sur leurs espoirs, leurs aspirations et leurs inquiétudes ; et aussi ce que nous, les organisateurs du projet, avons appris de l’ensemble du processus. La publication est en anglais.
Les bénéfices de la Littératie des futurs ne concernent pas seulement les individus. Celle-ci s’acquiert au travers de processus d’intelligence collective pendant lesquels les participant·es apprennent ensemble, comprennent leurs points de vue respectifs, et se reconnectent aux sources historiques, culturelles et biographiques qui donnent forme à leurs espoirs comme à leurs craintes.
En rendant des sociétés mieux capables de construire des chemins communs vers des futurs désirables, la Littératie des futurs peut aider une société à devenir à la fois plus innovante et plus unie. C’est la raison pour laquelle l’Unesco a fait de la Littératie des futurs une “compétence essentielle du XXIe siècle” qui peut, et doit, être rendue accessible à tous et toutes.
Cette publication vous guidera dans une introduction à la maîtrise de l’avenir et aux différentes façons de l’utiliser, en mettant l’accent sur l’impact pour les jeunes.
1. UNE TECHNOLOGIE SOCIALEMENT, ÉTHIQUEMENT ET ÉCOLOGIQUEMENT RESPONSABLE
Il était grand temps que la technologie aille des mains des plateformes privées aux mains des masses, afin de montrer sa véritable utilité pour la société. L’infrastructure décentralisée du web est née. Des organisations locales, coopératives et décentralisées ont remplacé les grandes entreprises de réseaux sociaux pour créer des environnements digitaux favorisant des interactions saines et humaines. Les nouvelles technologies font l’objet d’un examen éthique au moyen d’outils d’évaluation, avant d’être introduits sur le marché. Les sciences psychologiques et de données digitales sont désormais utilisées pour favoriser l’apprentissage, les outils de curation algorithmique sont utilisés pour éviter que notre capacité de concentration ne se détériore. L’éthique des développements technologiques est au cœur des discussions quotidiennes.
2. CONNAISSANCE ET COMPÉTENCES RELATIONNELLES
Dès que l’importance des compétences relationnelles fut reconnue au sein de notre société, l’approche industrielle de l’éducation fut mise de côté. Un système de ‘lifelong learning’, basé sur les connaissances et de compétences relationnelles fut introduit, inspiré par les différentes perspectives ethniques et culturelles qui existent dans nos villes. Il existe des cours de pensée relationnelle, de construction communautaire, de connaissance de soi, de pensée critique sur tout ce qui est digital, de tolérance et de solidarité accessibles à tous. Ce nouveau système d’apprentissage favorise la collectivité.
3. LES RELATIONS SONT PLUS IMPORTANTES QUE LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE
Fatigués de la poursuite de la croissance, la valeur des bonnes relations fut reconnue et prit une place essentielle dans l’allocation du temps et des ressources. Les pays ont commencé à mesurer leur prospérité par l’état de bien-être plutôt que par leur richesse économique. Culturellement, nous avons dépassé l’objectif de croissance, de progrès et de productivité pour définir le succès par la quantité et la qualité des relations que nous entretenons et la prospérité durable. Le profilage et l’étalage des réalisations sur les réseaux sociaux sont devenus contre-productifs, puisque la connexion est plus importante que la compétition. Des machines artificielles intelligentes ont remplacé de nombreux emplois et le revenu élémentaire fut introduit. Concrètement, il y a moins d’argent sur nos comptes bancaires qu’avant, mais nous avons de meilleures relations et plus de temps libre.
4. DÉVELOPPEMENT CRITIQUE DES RELATIONS « PHYGITALES”
Nous avons cessé de passer du temps avec des avatars pour nous consacrer au développement consciencieux d’un réseau de personnes. Ce réseau est constitué de relations profondes, basées sur des interactions face à face online ou offline. Après de nombreux “trial-and-error” dans le monde virtuel, on sait désormais mieux comment se comporter dans la vie réelle. Nous passons toujours du temps en tant qu’avatars dans le monde virtuel, mais nous nous démasquons si l’on désire apprendre à mieux se connaître. Les amis peuvent être virtuels ou réels, tant qu’il y a de l’affection, de la solidarité et un sentiment de sécurité. Les relations au-delà des fuseaux horaires et des frontières géographiques sont courantes. Bien que les mondes matériel et numérique soient intimement liés et que leur combinaison forme la réalité, les limitations du monde digital sont bien connues.
5. REVIVAL DE LA CONFIANCE DANS LES AUTRES ET DANS LES INSTITUTIONS PUBLIQUES
Les influenceurs, les marques, les entreprises et les politiciens peuvent être sanctionnés pour avoir trompé et/ou exercé une influence négative sur la population. Diverses règles, des comités de transparence, des technologies blockchain et des systèmes de vérification des faits permettent de les contrôler. Cette évolution, associée à une confiance plus profonde envers les « autres », a donné lieu à une nouvelle façon de percevoir les institutions.La participation à la vie politique et la démocratie sont vivifiées. Sur le plan personnel, les gens sont plus critiques et libérés de la pensée et du discours “vrai-faux ». Le besoin d’exprimer des opinions personnelles s’est transformé en un espace de désaccord.
6. IMAGINATION SOCIALE AUTOUR DES SOINS
Un système de santé holistique accessible a vu le jour, offrant un soutien psychologique si nécessaire. Les méthodes sont variées, allant des pratiques de guérison expérientielles et multisensorielles au soutien quotidien fourni par des robots. L’objectif est d’aider les gens à mieux comprendre et donc à améliorer leurs relations. Relations avec soi-même et avec les autres, amitiés, relations intimes, relations familiales, liens avec le voisinage et la société….. Les soins de santé mentale font partie du quotidien, sans tabous. On se rend compte que toutes les émotions comptent, qu’il n’y a pas de solutions instantanées, que nous ne pouvons pas toujours être heureux, que nous ne devons pas changer les autres et que maintenir des relations saines est un travail difficile.
7. L’ÉCOLOGIE DÉPASSE LE DIGITAL
Pour des raisons écologiques, les gens ne disposent que d’un nombre limité d’heures par jour sur internet. Par conséquent, nous valorisons plus les interactions de la vie réelle et rencontrons des cultures différentes qui nous aident à avoir des relations saines, envisageables partout. Les normes de production éthiques et écologiques concernant la technologie sont strictement surveillées et l’utilisation de technologies digitales est fortement taxée et limitée.
Avertissement : Cet article est le résultat d’interviews d’experts, de recherches documentaires et de discussions avec les Bruxellois autour de la question de recherche « Comment les jeunes Bruxellois tisseront-ls des liens les uns avec les autres en 2035 ? » L’objectif de cette recherche est de dresser un état des lieux et d’analyser les tendances. Nous nous en servirons comme base pour nos histoires du futur.
SOMMAIRE
👶 Les jeunes de demain 🧑🎤 Les jeunes d’aujourd’hui 👭 Des relations saines pour les jeunes 📱 Des évolutions technologiques qui pourraient influencer la façon dont nous nous lions aux autres 🔮 Futures?
Les jeunes de demain
Chère Bruxelles,
Tu es la plus jeune capitale d’Europe et laplus jeune région de Belgique.
Avez-vous déjà pensé aux jeunes de l’avenir dans notre ville ?
Les jeunes de 2035 à Bruxelles, c’est-à-dire la génération Alpha, les bébés d’aujourd’hui, les enfants des Millennials, les petits frères et sœurs de la génération Z, … que savons-nous d’eux par rapport aux générations précédentes ?
Ils seront plus nombreux
Ils auront des origines ethniques et culturelles plus diverses.
Ils auront des parents plus âgés
Ils grandiront dans des familles plus petites
Ils seront la génération la plus éduquée, la plus douée pour le numérique et la plus connectée au monde à ce jour
Ils vivront plus longtemps
Pour avoir une idée de ce que signifie être jeune dans notre ville, jetons un coup d’œil aux jeunes d’aujourd’hui à Bruxelles.
Les jeunes Bruxellois sont liés à leurs pairs, à leur quartier et à leur origine ethnique. La diversité au sein de la génération est très grande et il y a une grande différence entre les jeunes qui vivent dans différents quartiers.
C’est donc Bruxelles. Et qu’en est-il des jeunes en général ?
Les jeunes d’aujourd’hui
Ils sont une génération d’épuisement. D’une part, les problèmes de santé mentale sont plus nombreux et nouveaux (bigorexie et anxiété climatique par exemple). D’autre part, il y a plus d’ouverture sur le sujet (Stromae chante à ce sujet, Angèle parle de ses luttes sur Netflix) ainsi que des efforts pour y faire face. Des jeux, comme Depression The Game, qui vous apprennent à éprouver de l’empathie pour les personnes déprimées par exemple, ou des applis, comme MOODFIT, qui vous aident à penser de manière plus positive.
Batailles générationnelles. La médiatisation de la pensée générationnelle et des défis intergénérationnels a conduit à un pointage du doigt d’une génération à l’autre, les connexions avec les générations plus âgées ne sont pas si faciles pour la Gen Z. La Gen Z accuse les babyboomers de ruiner la planète, ils se moquent des Millennials qui portent des pantalons moulants et ils se sont sentis stigmatisés lorsque certains d’entre eux se sont mal comportés pendant la pandémie.
Ils sont difficiles à saisir. Multitudes. La formation consciente de l’identité et la diversité des plateformes d’expression en ligne et hors ligne ont conduit à un ensemble complexe de couches du soi. Aujourd’hui, cela va plus loin que le simple fait d’avoir un rinsta et un finsta. Ils se montrent différemment, parlent différemment, valorisent des choses différentes selon la plateforme, ou le coin de niche de la plateforme où ils se trouvent (car oui, outre le TikTok droit avec des danses et des comédies, il y a le DeepTok avec des choses absurdes et bizarres à propos, par exemple, des haricots et les grenouilles ou les faux comptes prétendant être des grands magasins).
Le bon, le mauvais et le débat. À une époque où l’esprit d’entreprise et l’activisme prévalent et où il n’existe pas de cadre moral commun, juger et policer fait partie de la vie quotidienne. Les opinions collent et divisent. La cancel culture est partout.
Les relations fluides sont la norme, l’expérimentation et la redéfinition des relations et des partenaires se font avec une ouverture jamais vue. Ils sont explicites sur les rencontres pour l’argent et les préférences BDSM, ils gagnent de l’argent sur Onlyfans et tombent amoureux d’IA. Et quand ils en ont fini avec vous, ils vous ghostent.
Et les relations sont exactement ce dont nous avons besoin pour nous sentir mieux, non ?
La qualité de vos relations est plus importante que la quantité. La qualité ne signifie pas la perfection. Il s’agit de construire des liens de codépendance solides, une mission de vie partagée, des valeurs et des objectifs communs, un sentiment de confiance, de savoir que vous pouvez compter sur les autres et qu’ils peuvent compter sur vous, de partager des moments joyeux et d’être pleinement accepté.
Comment se portent les jeunes en termes de liens affectifs ?
Les adolescents découvrent une nouvelle compréhension non seulement du soi, mais aussi de l’interaction humaine. Ils deviennent plus indépendants de leur famille et il devient plus important d’être compris et accepté par leurs pairs.
Leur cerveau en pleine maturation est très sensible aux influences de l’environnement et leur capacité de réflexion conséquente est encore limitée ; ils ne prennent pas toujours des décisions sages ou saines.
Y a-t-il des tendances mondiales qui influenceront la manière dont nous nous lierons les uns aux autres à Bruxelles ?
Des évolutions mondiales qui pourraient influencer la façon dont nous nous lions entre nous
Croissance des influences culturelles non occidentales
Le déplacement des pouvoirs culturels, technologiques, politiques et économiques, combiné à des crises mondiales comme le changement climatique et les guerres, influencera nos vies à Bruxelles. L’Asie compte à elle seule plus de deux milliards de jeunes, soit le double des jeunes du reste du monde. En outre, des entreprises asiatiques comme TikTok vont médiatiser notre interaction sociale. De même, les nouveaux flux de réfugiés influenceront nos valeurs et la manière dont nous entrons en relation les uns avec les autres.
De nouveaux espaces virtuels pour la vie sociale
Un réseau de mondes virtuels en 3D comme Facebooks Horizon Worlds ou pour les enfants Roblox est conçu comme le prochain média social, où l’on peut se retrouver, travailler, apprendre, jouer, faire la fête, assister à des concerts et discuter de politique en tant qu’avatar créé par soi-même.
Le metaverse dispose d’une technologie brevetée qui pourrait suivre ce que vous regardez et la façon dont votre corps bouge dans la réalité virtuelle afin de cibler les publicités sur vous. Les plateformes seraient en mesure de collecter des photos et des informations personnelles de leurs utilisateurs. Les mineurs sont exposés à des contenus sexuels graphiques, à un langage raciste et violent, à des brimades et à d’autres formes de harcèlement dans les plateformes de RV. Cela influencera notre capacité à décoder les informations vraies, notre santé mentale et notre capacité à créer des liens dans la vie réelle.
De nouveaux outils pour se comprendre
Le métamodernisme est une intégration des codes culturels modernes, postmodernes et prémodernes (indigènes et traditionnels), qui pourrait conduire à un multiperspectivisme et à une compréhension interculturelle et transhistorique. Toutes sortes d’outils nous aident à mieux nous comprendre (par exemple, la traduction en temps réel de la parole, même à travers des oreillettes). Grâce à la future technologie BCI (brain computing interface), nous serons également en mesure de mieux communiquer avec des personnes souffrant de handicaps graves et même d’établir un dialogue élémentaire avec des enfants en bas âge, des animaux de compagnie et des animaux sauvages.
De nouveaux outils pour être intime
En combinant le meilleur des mondes physique et numérique, vous pouvez créer de nouvelles expériences. L’IA, la réalité augmentée, les wearables et les environnements numériques vont changer la façon dont nous nous rencontrons, interagissons, faisons l’amour et mettons fin à nos relations. Les environnements de type Holodeck et la réalité virtuelle, combinés à des appareils réalistes et peut-être même à une combinaison Teslas, peuvent créer de nouvelles possibilités sexuelles passionnantes, voire développer des relations avec des non-humains. Cela influencera la manière dont nous serons intimes avec d’autres humains.
De nouvelles technologies pour améliorer nos compétences sociales
Les technologies portables et implantables nous permettront d’améliorer nos compétences (sociales) existantes ou d’en acquérir de nouvelles. Lorsque nous utiliserons la technologie BCI (brain computing interface), notre esprit se connectera directement au web pour répondre à n’importe quelle question. Une version future de l’internet pourrait être formée en connectant les esprits au lieu des ordinateurs. Les systèmes d’apprentissage automatique peuvent étudier les mouvements des muscles du visage et détecter les mensonges, pirater le cerveau et améliorer la personnalité. Des technologies telles que les médicaments, la stimulation électrique transcrânienne, les implants cérébraux et le génie génétique peuvent améliorer les connexions entre les parties du cerveau, afin d’augmenter les performances multitâches, l’attention et la durée de la mémoire de travail. Avec la chirurgie de neuromodulation, nous pourrions nous débarrasser des troubles mentaux. Mais lorsque la technologie BCI deviendra courante, nous devrons nous inquiéter des futurs criminels qui pirateront nos esprits, voleront nos souvenirs, implanteront des souvenirs et contrôleront notre esprit.
Compte tenu des évolutions que nous constatons, que devons-nous penser de l’avenir de la liaison ?
L’avenir ?
L’avenir des relations intimes
Serons-nous appariés et suivrons-nous nos relations en fonction de nos valeurs, intérêts, humeurs et données biométriques ?
Comment les outils technologiques et les espaces virtuels s’articuleront-ils avec l’intimité analogique ?
…
L’avenir des liens avec la famille et les amis
Comment allons-nous équilibrer notre temps entre notre famille biologique et notre « famille d’amis choisie » ?
Comment allons-nous nous faire des amis et entretenir nos amitiés, d’une part, et entretenir des relations avec des personnes aux opinions différentes, d’autre part ?
Comment les technologies numériques et analogiques vont-elles déclencher et faciliter le soutien, la solidarité et les expériences partagées avec la famille et les amis ?
…
L’avenir des liens avec la société
Comment la technologie va-t-elle rapprocher et diviser et comment cela va-t-il influencer la façon dont nous nous faisons confiance ?
Comment les jeunes contribueront-ils à leur communauté et donneront-ils un sens à leur vie ?
Comment les liens intergénérationnels, interculturels, d’interabilité, de genre, interlinguistiques,… se produiront-ils dans la ville ?
…
Et surtout… que voulons-nous ?
De nombreuses questions ont surgi au cours de cette recherche. Dans une série de LabAvenirs, nous débattrons de ces questions, et nous mettrons la réponse dans un morceau de musique, une installation, une performance,… des futurs de Bruxelles.
Six principes directeurs pour partager Bruxelles entre nous en 2030
Durant un an, nous avons discuté avec de citoyens et des experts à propos dru passé, du présent et du futur dans le cadre de notre question de recherche : « Comment allons-allons-vous partager la ville entre nous à Bruxelles en 2030 ? » Cela a eu lieu d’octobre 2020 à novembre 2021 avec 482 personnes à travers dix LabAVenirs, cinq Window Cafes, et quarante rendez-vous en tête à tête avec des experts et des partenaires.
Nous avons rassemblé plusieurs idées et déclarations qui nous montrent des futurs possibles. Inspiré par cela, nous avons formulé six principes essentiels au partage de la ville les unes avec les autres en 2030.Nous avons présenté lesdits principes à l’occasion d’un laboratoire d’experts en ligne, et nous les avons redéfinis ensemble. Ces sont principes sont à la base de nos futures stories.
Vous trouverez ci-dessous des extraits issus de différentes conversations avec des bruxellois et comment ces témoignages de citoyens ont mis en avant chaque principe et clarifié ce sur quoi ils devraient porter.
1.
« Je ne veux pas de mélange forcé ou d’hybridation futuriste. » ; « Partager signifierait ouvrir ma culture. » ; « Sortir de ma bulle signifie concilier mon identité avec l’identité locale. » ; « S’ouvrir signifie qu’aucune des communautés, pas même les communautés locales, ne peut prétendre avoir suffisamment de règles culturelles pour devenir la culture dominante dans notre société. » ; « Nous devons remettre en question le comportement dominant qui règne dans les espaces ouverts. » ; « Tout est trop organisé, ce qui tue la spontanéité. » ; « Faisons de l’opéra à Molenbeek et du rap à Woluwe. » ; « Ce n’est pas confortable quand il y a trop d’interculturel ; nous avons besoin d’une ouverture des cultures mais aussi de maintenir des espaces où les gens peuvent avoir leurs propres cultures. » ; « Bruxelles est un melting-pot, les gens ici ne sont pas prisonniers du dogme ‘c’est comme ça que vous devez faire les choses’. Nous pouvons apprécier la mixité ici ».
POLLINISATION CROISÉE ENTRE LES GROUPES
La question du partage de la ville en 2030 n’est pas uniquement une question de coexistence mais implique aussi l’idée de pollinisation croisée des groupes. L’idée est qu’un véritable intérêt pour les cultures et less pratiques se substitue à la simple tolérance. Le tout dans le respect, en se débarrassant des stéréotypes et de la surenchère.
« Il serait intéressant d’avoir des espaces temporaires autour de différentes cultures, communautés et pratiques pour remettre en question nos idées. Ce serait une façon pour la ville d’évoluer avec ses citoyens. » ; « Nous pouvons avoir la zinnekeparade, le dimanche sans voiture et un carnaval… mais avec moins de préparatifs pour abaisser le seuil de participation. » ; « Nous avons besoin d’espaces indéfinis dans la ville, qui sont conçus pour la spontanéité. » ; « Nous avons besoin de plus de logements mixtes. » ; « Nous avons besoin au quotidien dans la ville d’espaces conçus pour accueillir des besoins multigénérationnels et multiculturels. » ; « Ce n’est pas en exprimant tellement votre propre culture que vous construisez des ponts. C’est en respectant les frontières des autres que l’on construit des ponts. »
2.
« Il est difficile de développer la confiance et la solidarité avec des personnes différentes de vous. » ; « Il ne devrait pas y avoir de différence entre les expats et les migrants. » ; « La diversité consiste avant tout à reconnaître l’inégalité. » ; « Il y a beaucoup de peur autour des différences. » ; « Tout est trop réglementé, je ne vois pas d’enfants grimper aux arbres. » ; « La prise en charge trop institutionnalisée nous limite dans la dépendance aux autres. » ; « Tant de gens voient Bruxelles comme une ville de transition, c’est difficile pour la cohésion sociale. » ; « Il est difficile d’entrer en contact avec des personnes qui sont en transition à Bruxelles, qui ne prévoient pas d’y rester longtemps. » ; « Comment éduquer des gens qui viennent d’arriver à la diversité alors qu’ils ne resteront peut-être pas longtemps ? »
UNE ATTENTION ET UNE SOLIDARITÉ ÉTENDUES POUR TOUS
Partager la ville entre nous à Bruxelles en 2030 exige que nous allions au-delà des attentions et de la solidarité uniquement adressée aux personnes que nous connaissons. La solidarité étant principalement bâtie sur la familiarité, il est difficile d’être solidaire avec des personnes qui sont très différentes de nous ou qui sont ici temporairement. Il est nécessaire de mettre l’accent sur les points communs plutôt que sur les différences. Le style de vie individualiste peut laisser place à plus d’interdépendance et d’attention mutuelle.
« Il faut se libérer des préjugés, des clichés, des ghettos. » ; « On voit une montée de la solidarité entre les étrangers en raison des luttes communes en temps de crise. Nous pouvons simuler une crise dans la ville. » ; « L’intégration à Bruxelles peut être obligatoire et concerner tout le monde, c’est une opportunité de devenir Brusseleir même si vous n’êtes ici que temporairement. Nous pouvons avoir différentes étapes et une approche plus personnalisée de l’intégration. » ; « L’éducation des nouveaux arrivants à la diversité et au respect est un acte politique et il faut en faire une priorité. » ; « Les activités culturelles et la vie associative (bénévolat) aident les nouveaux arrivants à créer des cercles sociaux. » ; « Nous avons besoin de centres communautaires ouverts à bas seuil où différentes personnes peuvent venir et organiser plusieurs activités. »
3.
« Pour moi, la question est la suivante : tout le monde doit-il aller dans tous les endroits de la ville ? » ; « Si nous parlons de partager la ville, il semble que nous parlons de la découper, de tracer des lignes et de donner des endroits aux uns et aux autres. » ; « Ce n’est pas facile de trouver un appartement à Uccleou Woluwe, les gens ne veulent pas louer un appartement à des étrangers. Alors on doit aller à Molenbeek ou à Anderlecht. » ; « On ne traverse pas le canal. » ; « Je ne me sentirais pas appartenir à un autre quartier de Bruxelles que celui où j’habite. » ; « Je me sens en sécurité dans ma commune. » ; « Certains quartiers sont morts. Il faudrait développer partout des lieux comme les maisons de jeunes, ils font vivre les quartiers morts. » ; « Je ne romps pas avec l’idée que nous devons être « tous ensemble, partout ». Ce dont nous avons besoin, c’est d’une meilleure accessibilité aux différents quartiers. Aujourd’hui, si je veux aller à Uccle, cela me prend une heure. » ; « Le partage de la ville est difficile. Nous partageons certaines parties de la ville. Nous partageons les rues. Mais il y a aussi des endroits que nous ne partageons pas. »
DES MUNICIPALITÉS CONNECTÉES
Le partage de la ville entre tous les habitants de Bruxelles en 2030 peut nous permettre de bâtir es ponts aux sens propre et figuré, et de relier les différentes municipalités afin de se débarrasser des préjugés et de voisinage. Les gens se sentent bien dans un quartier lorsque ses caractéristiques leur procurent un sentiment de familiarité, mais cela le rend souvent moins accueillant pour les autres. Nous constatons donc un paradoxe entre le fait de veiller à ce que les gens se sentent chez eux et celui de faire en sorte que chacun se sente le bienvenu. Nous ne devons pas faire en sorte que chacun se sente chez lui partout, mais plutôt qu’il se sente le bienvenu.
« Le sentiment de sécurité peut être stimulé en allant collectivement dans différents quartiers. » ; « Nous avons besoin d’un grand « mariage polygame », d’une grande union entre différentes communes deBruxelles. » ; « Nous avons besoin de plus de logements sociaux dans les quartiers riches. » ; « Les lieux existants tels que les bibliothèques peuvent servir de ponts entre les communes. » ; « Des projets plus participatifs au niveau régional peuvent rassembler des personnes de différentes communes. » ; « Nous avons besoin d’une politique de « villes jumelles » qui affecterait à chaque commune une jumelle pendant avec laquelle elle devra organiser des projets, avant de s’en voir attribuer une autre. »
4.
« Dois-je choisir entre deux langues à Bruxelles ? » ; « La promotion du monolinguisme dans une ville multiculturelle comme Bruxelles est très discutable, d’autant plus que nous partageons la ville. » ; « Je rêve à Molenbeek d’un beau hammam avec des mosaïques, avec un salon de thé… un endroit magnifique qui montre la culture marocaine. » ; « Pendant le Covid, nous étions dans des chambres d’écho en ligne, et à l’extérieur, nous partagions les parcs et les outils de fitness avec des inconnus. Cela rendait les différences très visibles dans les espaces publics et on ne se sentait pas en sécurité dans ces lieux. » ; « La vision institutionnelle de la diversité en tant que sujet est encore vieille école. Souvent, en parlant de diversité, on pense aux migrants et aux populations vulnérables. » ; « Pour 2030, nous devons être ambitieux. Diviserons-nous encore les gens en fonction de leur sexe ? Peut-être y aura-t-il aussi des robots dotés d’IA ? » ; « Le conflit linguistique va s’accroître en raison de l’énorme afflux de migrants apporté par le changement climatique et les guerres. » ; « La langue est une barrière qui empêche les gens d’être eux-mêmes et de se connecter aux autres. Nous pouvons la dépasser en nous connectant par le biais de compétences et d’intérêts. » ; « Nous devrions normaliser des questions telles que l’orientation sexuelle et permettre qu’elles soient exprimées en public. Mais il faut se sentir en sécurité pour le faire. Idéalement, tout le monde devrait se sentir en sécurité pour s’exprimer. Super utopique. »
FACILITER LA PLURALITÉ
Le partage de la ville entre les habitants de Bruxelles en 2030 facilite la pluralité des modes de vie et des identités. Il s’agit d’accueillir la pluralité des expressions culturelles, des langues, des genres, des perspectives et des espèces. En créant un espace social et politique pour la pluralité, nous pouvons faire de Bruxelles un véritable laboratoire pour l’avenir des villes. L’éducation a un rôle important à jouer pour enseigner le multiculturalisme et le multilinguisme.
« Il y a aussi un réconfort dans le fait que tout le monde est si visuellement différent. Vous n’êtes pas l’intrus. Montrez à quel point il est puissant d’être soi-même sans complexe. » ; « Ce n’est pas seulement le système éducatif mais aussi les villes qui ont la responsabilité d’enseigner la pluralité. Si un jeune ne trouve pas de réponses à l’école, il serait étonnant qu’il les trouve en ville. » ; « Et si on pouvait apprendre une langue en cuisinant ou en faisant de l’escalade ? » ; « Nous devons repenser les pronoms que nous utilisons dans notre langage quotidien. » ; « L’anglais peut devenir une langue officielle et nous devrions pouvoir faire du travail administratif dans n’importe quelle langue. » ; « Nous avons besoin de célébrations collectives de divers festivals et, par ce biais, d’une présentation des différentes cultures. » ; « L’introduction et la démocratisation des dispositifs d’interprétation en temps réel peuvent changer la donne. »
5.
« À Bruxelles, j’ai besoin d’une personne pour m’aider à entrer et sortir du métro. C’est un peu triste. Cela prend du temps. » ; « Les livres scolaires sont blancs, pas assez diversifiés. On voit la perfection partout. » ; « On sépare les personnes avec un handicap, on les met dans un bus, dans un bloc social, dans une école spéciale. Il fait les mélange avec les autres, les inclure. » ; « Quand quelqu’un a un assistant, les gens parlent à l’assistant, pas à la personne directement. » ; « Ce serait formidable si je pouvais prendre le bus sans planification ni organisation. Que je puisse juste participer avec mes amis qui sont déjà là, au lieu de venir me chercher. » ; « Les gens manquent d’éducation sur les différences car ils n’y sont pas confrontés » ; « J’adorerais participer au défilé des zinneke, mais tout le monde est debout et regarde en l’air, je suis en bas sur mon fauteuil roulant. » ; « La gestion des besoins et des désirs opposés rend le partage difficile. Par exemple : la fête n’est pas toujours compatible avec les personnes atteintes de démence, la spontanéité n’est pas toujours compatible avec la prise en compte des personnes handicapées. » ; « Les comportements dans les lieux publics comme les lieux de sport sont genrés. La sphère masculine domine sur les autres. »
DESIGN INCLUSIF
Le partage de la ville entre les habitants de Bruxelles en 2030 ne saurait advenir sans faire du design inclusif le point de départ de tout projet ou aménagement.
En général, si vous devez rendre quelque chose accessible, vous devez beaucoup planifier. Cela tue la spontanéité. Ce n’est pas le cas si nous disposons dès le départ d’un groupe de conception « multi-besoins » chargé d’imaginer, de planifier et d’exécuter tout ce qui se passe dans la ville. Par « multi-besoins », on entend non seulement les capacités physiques ou mentales, mais aussi d’autres « handicaps », comme le fait de ne pas parler la langue locale, la compréhension culturelle, etc. Se débarrasser des tabous pour discuter des différents besoins peut être un point de départ. Pour l’avenir des villes, il est important d’offrir une égalité de conception et de services qui permette aux gens de participer de manière significative à la vie quotidienne.
« Pour que les gens puissent participer de manière significative aux projets, la communication et l’information doivent être inclusives, dans des formats multiples (visuels, audio…) et apportées par des organisations qui atteignent des groupes spéciaux. Cela profite à tout le monde, non seulement aux personnes handicapées mais aussi aux nouveaux arrivant. » ; « Des endroits pour s’éloigner du chaos de la ville, comme des casques ou des pods. » ; « Des designs qui vous font sourire les uns aux autres. » ; « Tout le monde devrait être formé à la diversité afin que les personnes ayant des besoins particuliers n’aient pas à payer cher pour obtenir de l’aide. » ; « Lors de cortèges, de défilés ou d’événements, il est nécessaire d’avoir des véhicules faisant partie du défilé, une place sur une tribune, des toilettes publiques adaptées, un soutien pour les personnes âgées, une garde d’enfants pour soutenir les mères afin qu’elles participent. » ; « Pour inclure diverses voix dans la planification urbaine participative, nous avons besoin de crédits participatifs. »
6.
« Il existe une forte tension entre la norme officielle de « citoyenneté active » et l’intégration bureaucratique des nouveaux arrivants. » ; « Le processus d’intégration est frustrant pour les nouveaux arrivants et ne correspond pas à leurs motivations personnelles et professionnelles. » ; « Le fait de ne pas avoir un rôle actif en tant que citoyen fait que la plupart des gens n’ont pas de sentiment d’appartenance. » ; « La diversité n’est considérée comme une richesse que par les privilégiés. » ; « Les personnes d’origine européenne (autre que la Belgique) vivant à Bruxelles sont celles qui ont le moins d’intérêt pour la politique locale (municipale et régionale). » ; « La présence d’agences d’accueil distinctes, flamandes et francophones, ne permet pas d’offrir un service de réponse unitaire en termes de pratiques et de principes. » ; « Tout le monde n’a pas l’espace de tête nécessaire pour participer au city malking. » ; « Tant de familles expulsées ces deux dernières années à cause des prix inabordables. »
UN CHEZ SOI POUR TOUS
Partager la ville entre nous à Bruxelles en 2030 est possible si nous ne laissons personne de côté et si nous faisons en sorte que chacun se sente chez lui à Bruxelles. Vous pouvez vous sentir chez vous dans une ville si vous vivez dans un logement décent. L’accès à un logement décent pour tous est donc une priorité. Viennent ensuite les activités sociales et les occasions où les gens peuvent se libérer et se mêler aux autres pour construire de riches réseaux sociaux.
« Personne ne devrait être autorisé à posséder plus d’une maison. » ; « La sécurité ultime pour tout le monde passe par un bon logement. » ; « Une fête pour les sans-abri où nous remplissons tous les espaces vides à Bruxelles. » ; « L’apprentissage des langues peut être une plateforme d’échange entre les personnes, d’échange d’informations et de production de réseaux de soutien. » ; « Une culture où nous n’avons pas nécessairement besoin de la police mais où tout le monde peut se dire comment se comporter de manière respectueuse. » ; « Les personnes qui sont temporairement ici peuvent avoir leur mot à dire et voter sur certaines questions, mais pas prendre part aux élections. »
Avertissement : Au cours des derniers mois, nous nous sommes interrogés sur la jeunesse à Bruxelles en 2035. Nous avons arpenté les rues et demandé aux gens ce qu’ils souhaitaient savoir à propos des jeunes de notre ville dans le futur. Nous avons discuté avec des experts et recueilli des questions grâce à une campagne en ligne. Après avoir donné un sens à ces questions, nous nous sommes concentrés sur une question de recherche spécifique : « Comment les jeunes bruxellois et bratislaviens se rapprocheront-ils en 2035 ? » Dans cet article, vous pouvez lire une première exploration de cette question, sous la forme d’un Zoom talk entre Bruxelles et Bratislava.
Bratislava : Salut Bruxelles, sympa de te voir. Comment ça va?
Bruxelles : Hey Bratislava ! Pour tout te dire, j’en ai un peu marre des appels Zoom. Avec tout ce télétravail les derniers 18 mois, j’ai vraiment eu ma dose.
Bratislava : Je te comprends. Ça fait vraiment du bien d’enfin revenir à la vie hors ligne! Les terrasses et les bars sont à nouveau ouverts, tout le monde est rentré de vacances et a retrouvé son rythme de travail, les jeunes vont à l’école… La Slovaquie fait partie des pays de l’UE où les écoles ont été fermées le plus longtemps pendant la première et la deuxième vague de Covid-19. Du coup, tout le monde est vraiment excité de pouvoir retourner sur les bancs de l’école.
Bruxelles : Oui, c’est clairement une des conséquences positives de ce qu’on a vécu. La scolarisation semble revalorisée, aussi bien par les parents que par les jeunes. Mais la pandémie nous a aussi lancé quelques défis en ce qui concerne la jeunesse. Je suis super enthousiaste à l’idée de joindre nos forcesapprofondir le sujet ensemble!
Bratislava : Moi aussi! Bratislava – Bruxelles, comme quoi il y a des avantages à se suivre dans la liste alphabétique des capitales d’Europe. Et du coup, l’idée de ce projet c’est donc d’explorer « la jeunesse en 2035 » dans le but de renforcer la position des jeunes dans nos sociétés ?
Bruxelles : Exactement. Et l’étape suivante sera de rendre nos découvertes tangibles en les exprimant sous forme d’histoires futures, comme l’émission de radio du futur que BrusselAVenir a produite ici l’année dernière. Ce genre d’histoires peut nous aider, en tant que villes, à prendre de meilleures décisions aujourd’hui.
Bratislava : Cool! Et en incluant les jeunes dans le processus, nous les aidons à découvrir leur potentiel et les engageons dès maintenant dans le façonnement de nos villes.
Bruxelles : C’est ça. Et vu le rôle crucial qu’ils jouent dans les villes, nous les avons même surnommés les “Engrais du Futur” de notre ville dans le cadre de notre projet, pas vrai?
Bratislava : Tout à fait. Il faut dire qu’ils ne sont pas seulement les entrepreneurs, les enseignants, les politiciens et les chefs de famille de demain. Aujourd’hui déjà, ils ont leur propre regard sur la façon dont nous pourrions changer les choses. En tant qu’Engrais du Futur, ils sèment et fertilisent la jeunesse de l’avenir.
Bruxelles : Il y a beaucoup de jeunes dans nos villes. Pour ma part, je ne fais que rajeunir depuis les années 1970! Je suis la plus jeune région de Belgique et la plus jeune capitale de l’UE: un tiers de ma population a moins de 25 ans! Alors oui, attardons-nous sur ce groupe. Rappelle-moi, Bratislava, comment définissons-nous la jeunesse dans ce projet ?
Bratislava : La jeunesse est le moment où les enfants deviennent progressivement autonomes vis-à-vis de leurs parents. C’est la période au cours de laquelle ils développent leurs idées et leur identité. Cela passe par leurs relations les uns avec les autres. L’Union européenne définit les jeunes comme ayant entre 13 et 30 ans, c’est donc cette catégorie d’âge que nous considérerons pour notre projet.
Bruxelles : Mais regarde-nous, nous avons plus de 1000 ans. Je ne suis pas sur TikTok, je n’investis pas dans les cryptos… Rester en contact avec les jeunes a toujours été un défi, et les développements technologiques rapides ne facilitent pas les choses. Les jeunes d’aujourd’hui, qu’on appelle la génération Z (nés entre 1996 et 2010), forment un groupe compliqué à définir, plus difficile à suivre et pas évident à imaginer dans le futur.
Bratislava : Mais attends, en 2035, ils auront entre 25 et 40 ans… ce n’est plus de la jeunesse, ça!
Bruxelles : C’est tout à fait vrai. Les jeunes de 2035 seront majoritairement issus de la génération Alpha, c’est-à-dire nés entre 2011 et 2025. Ils auront entre 10 et 24 ans en 2035.
Bratislava : Ça veut donc dire que nous allons étudier le devenir d’une génération dont certains membres ne sont même pas encore nés… Devons-nous faire appel à des oracles et des astrologues?
Bruxelles : Haha! Non, pas vraiment. Nous pouvons nous baser sur certaines informations existantes, qui pourront nous aider à explorer leur évolution potentielle. Chaque génération est fortement déterminée par certains éléments comme l’époque à laquelle elle grandit et la réalité matérielle qui l’entoure. Par exemple, la Génération silencieuse a traversé la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale et écoutait la radio. Les Baby-boomers ont grandi dans la prospérité économique d’après-guerre avec l’idée que les choses allaient s’améliorer, et les nouvelles leur parvenaient via la télévision.
Bratislava : Ok, je te suis. De la même façon, la génération X a été façonnée par des circonstances économiques difficiles dues à la deuxième crise pétrolière, la guerre froide et la fin de la liberté sexuelle avec l’apparition du VIH. C’est la génération MTV, celle des magnétoscopes et des baladeurs.
Bruxelles : Et puis nous avons la génération Y. Ils ont grandi avec des problèmes mondiaux comme le terrorisme. L’essor d’Internet et des réseaux sociaux a façonné leur vie.
Bratislava : Du coup, en étudiant les tendances et les développements technologiques qui influenceront les mondes possibles de 2035, nous pouvons nous faire une idée de ce à quoi pourrait ressembler la tranche d’âge suivante. Et bien sûr, nous pouvons déjà examiner leur vie en tant qu’enfants.
Bruxelles : Nous pouvons également observer leurs parents, la génération par laquelle ils sont élevés.
Bratislava : La plupart des membres de la génération Z sont des enfants de la génération X, plus pragmatique, et la plupart des enfants Alpha seront les descendants de la génération Y, connue pour être plus rêveuse.
Bruxelles : Voilà. Alors, les jeunes d’aujourd’hui et ceux de 2035: que pouvons-nous dire d’eux ?
Bratislava : La génération Z grandit dans un monde au rythme effréné, au milieu de crises mondiales comme la crise financière, le changement climatique et la crise de la démocratie – pensez au Printemps arabe, par exemple. Ils grandissent avec un accès Internet sans limite, partout et via différents appareils, constamment exposés à l’information. Les influenceurs sur les réseaux sociaux sont leurs héros, comme le YouTuber PewDiePie ou GoGo en Slovaquie.
Bruxelles : Et la Generation Alpha grandit dans toujours plus de chaos, de complexité et de contradiction?
Bratislava : C’est le moins qu’on puisse dire, et tout ça en jouant contre des bots, attirés par tout ce qui a un écran – j’ai hâte de voir quel impact tout cela aura.
Bruxelles : Leurs arrière-arrière-arrière-grands-parents en Europe ont connu une période pendant laquelle on brûlait des personnes innocentes sur un bûcher. Les enfants alpha devraient pouvoir survivre aux smartphones et aux tablettes, non?
Bratislava : Pas faux. Honnêtement, je ne me fais pas trop de soucis non plus.
Bruxelles : La génération Alpha est censée devenir la génération la plus instruite de l’histoire et la plus férue de technologie. Leur grand challenge, ce sera d’en gérer à la fois les opportunités et les défis.
Bratislava : Les réseaux sociaux seront leur mode d’interaction dominant. Leurs amis pourraient être des robots, ils pourraient avoir des nanotechnologies dans leur corps qui surveillent leur santé, des dispositifs de lecture mentale ou des implants avec n’importe quelle fonction. Pourront-ils encore écrire ou conduire une voiture?
Bruxelles : Ou parler à un inconnu sans masque?
Bratislava : Tu as vu qu’on envisage de changer le nom de la génération Alpha en génération C, en référence à COVID?
Bruxelles : Haha! Non, je ne savais pas. On dirait que pour certaines personnes, nommer et jongler avec les stéréotypes générationnels est un véritable passe-temps. Mais tu sais, la pensée générationnelle a ses avantages et ses inconvénients…
Bratislava : C’est clair. Il y a autant de différences que de similitudes lorsqu’on compare différentes générations, c’est une généralisation plutôt drastique au final.
Bruxelles : Surtout qu’avec chaque génération, il devient de plus en plus difficile de généraliser. Par exemple, la génération Z: ils grandissent sur Internet et personne ne sait ce qu’ils y font. Une fois sortis de leur obsession pour les films Disney, ils lancent une chaîne YouTube pour partager leurs créations artistiques sur ongles, avant de se jeter corps et âme dans Fortnite et Dinosaur Metal, pour finalement décider de se convertir au bouddhisme, le tout en communiquant à l’aide de mèmes.
Bratislava : C’est vraiment ça. Ils ont tellement de liberté et de créativité pour former leur identité, que cela crée une diversité jamais vue auparavant au sein d’une même génération.
Bruxelles : Ajoute à ça le fait que je sois la ville la plus cosmopolite d’Europe et la deuxième au monde, avec plus de 180 nationalités et 108 langues différentes parlées! Au-delà des origines ethniques et culturelles très diverses, les différences entre les jeunes de différents quartiers sont également importantes à prendre en compte.
Bratislava : Contrairement à toi, Bruxelles, ma diversité est assez limitée pour l’instant. Nous avons de petits groupes d’étudiants internationaux et quelques groupes ethniques, mais ils sont tous très intégrés. En revanche, on peut parler d’une certaine diversité d’opinions, de valeurs et d’états d’esprit qui grandit rapidement chez moi. En raison de mon ouverture d’esprit, j’attire par exemple des personnes de la communauté LGBTQIA+, qui se sentent plus acceptées ici que dans les régions plus rurales du pays.
Bruxelles : Cette diversité rend parfois ma jeunesse difficile à comprendre, à atteindre et à impliquer. Mes jeunes sont très connectés à leurs pairs, à leur quartier et à leur origine ethnique, mais leur lien avec le reste de la ville est plutôt pauvre. Un quart des jeunes sont au chômage et se sentent déconnectés de la politique et de leur ville. Beaucoup d’entre eux se sentent exclus et stigmatisés par les médias et la police. C’est un sujet sensible, mais très actuel.
Bratislava : En Slovaquie également, il y a un manque de confiance dans les politiciens et les institutions. 80% des jeunes Slovaques pensent que leur voix n’est pas entendue. En conséquence, nous assistons à la montée de l’extrême droite ainsi qu’à une popularité grandissante pour certaines théories du complot. Même si beaucoup de jeunes admirent mon maire actuel Matúš Vallo, ils ne s’engagent pas dans les affaires publiques. Le système ne prépare pas les jeunes pour leur avenir, et ils ne sont pas contents.
Bruxelles : Alors… s’il y a un sujet concernant la jeunesse de 2035 que nous devrions étudier, d’après toi… quel serait-il, Bratislava ?
Bratislava : Tout comme toi, nous avons fait beaucoup de recherches, parlé à des experts et recueilli plus de 277 questions de citoyens. Un thème récurrent et très actuel semble être la santé mentale de nos jeunes, influencée par la pandémie mais aussi par le rôle croissant de la technologie dans leur vie.
Bruxelles : Intéressant… Dis m’en plus.
Bratislava : L’adolescence est une période cruciale pour développer des habitudes sociales et émotionnelles importantes pour le bien-être mental. On observe une augmentation des troubles mentaux, et l’apparition de nouvelles formes comme l’orthorexie, la bigorexie et l’anxiété climatique, et la plupart des cas restent sous-diagnostiqués et sous-traités. En 2020, IPčko (une ligne d’assistance slovaque) a fourni 52 682 fois de l’aide à des personnes qui en avaient besoin. La même année, en raison de l’énorme charge de travail, 60 147 demandes d’assistance n’ont malheureusement pas pu être satisfaites.
Bruxelles : La situation est similaire ici. Déjà avant la pandémie, de nombreux jeunes ne se sentaient pas bien. La génération Y est parfois surnommée la génération sacrifiée, et manifeste des signes de stress et de frustration élevés au travail. Maintenant, les Gen Zers, qui sont encore aux études, se sentent également épuisés, déprimés et frustrés dans leur vie personnelle. Un indicateur frappant est le taux de suicide: en Belgique, le suicide est la cause de décès la plus fréquente chez les jeunes de 15 à 24 ans. Des recherches récentes ont montré que pendant la crise du COVID-19, 1 jeune sur 4 entre 18 et 29 ans a envisagé le suicide.
Bratislava : Ce sont des chiffres inquiétants. L’époque à laquelle ils grandissent n’est pas facile, évidemment. Ils ont beaucoup d’options, et leur succès est dans leurs mains. Toute personne ayant accès à Internet peut réussir de nos jours, n’est-ce pas? Mais les chemins qui mènent à cette réussite sont flous, et souvent leurs parents ne savent pas non plus comment les guider.
Bruxelles : En effet. Tout est possible, ils peuvent être eux-mêmes et ils ont beaucoup de liberté. D’autre part, ils souffrent aussi du manque de frontières et de certitudes. Et ils ne savent pas à qui faire confiance et ce qui est réel.
Bratislava : Du coup, tant qu’ils ont assez de batterie et une bonne réception sur leur téléphone, ils peuvent toujours se référer à ce qu’ils trouvent sur les réseaux sociaux, pas vrai?
Bruxelles : Les réseaux sociaux sont l’endroit où ils échangent avec leurs pairs et vont chercher conseil pour leur vie: des recettes pour être plus cool, plus performants ou encore se faire coiffer. Mais dans quelle mesure ces plates-formes sont véritablement un environnement sain, ça, c’est discutable.
Bruxelles : Oui! Tout le débat sur la façon dont les géants tech manipulent notre attention est passionnant et très actuel. Mais jusqu’à présent, seuls les employés des entreprises tech et leurs enfants ont quitté les réseaux sociaux.
Bratislava : Et c’est précisément via ces canaux que les jeunes sont bombardés d’informations sur l’état terrifiant du monde: la politique, les droits humains, le climat, …
Bruxelles : … les pandémies ?
Bratislava : Oui, aussi. Cela nous amène à l’impact de COVID-19 sur la santé mentale des jeunes. Planifier l’avenir est tout à coup devenu impossible. Confinés avec des parents parfois très dominants et stricts, certains même agressifs, ou à l’opposé très laxes et absents, ils ont parfois été exposés à des situations difficiles. La vie sociale est passée d’un environnement hybride entre le physique et le digital, à un environnement exclusivement en ligne. Ne pas pouvoir sortir avec ses amis, c’est dramatique à cette étape de la vie. La génération Z a vécu cela très consciemment, mais la génération Alpha sera également impactée.
Bruxelles : Parmi les différentes causes des problèmes de santé mentale, l’importance de relations saines est devenue une évidence pendant la pandémie de Covid-19. La Fondation pour la Santé Mentale définit ces relations comme « la manière dont deux personnes ou plus sont connectées, ou l’état d’être connecté ». Des études récentes menées en Irlande et aux États-Unis ont montré que des interactions sociales et relations négatives augmentent le risque de dépression, d’anxiété et d’idées suicidaires, tandis que les interactions positives réduisent ce risque.
Bratislava : Et si nous prenions ces relations saines comme point central de notre exploration de la jeunesse en 2035?
Bruxelles : Oui ! L’avenir pourrait apporter une numérisation croissante de nos vies (sociales), un rôle plus important pour les bots comme dans “Her”, des relations plus éparpillées à travers le monde, et bien d’autres évolutions. Analysons donc avec nos citoyens ce que cela pourrait signifier d’avoir des relations saines en 2035, et comment les villes du futur peuvent soutenir la formation de relations saines pour les jeunes…
Bratislava : …c’est donc notre question de recherche: “bonne réception et batteries chargées : comment les jeunes Bruxellois et Bratislaves tisseront-ils des liens en 2035 ?”
Bruxelles : Exactement! Et nous conduirons nos recherches avec le plus de citoyens possible.
Bratislava : Ceci est donc un appel à tous nos lecteurs : envie de vous lancer dans cette aventure un peu folle? Dites-le nous!
Bruxelles : Des lieux comme des centres culturels ou des maisons de jeunes pourraient accueillir nos rassemblements et nos labs, et nous pouvons leur proposer des activités passionnantes ayant à faire avec le futur. Nous recherchons des écoles, des agences de recherche, des étudiants qui aiment faire de la recherche sur la jeunesse, sur la santé mentale, sur la technologie ou sur l’avenir, qui aiment expérimenter avec de nouvelles méthodes de diffusion de ces recherches. Nous aimerions collaborer avec des créateurs qui souhaitent co-créer du contenu sur l’avenir des jeunes. Créatifs et créateurs en tout genre, vous êtes officiellement invités à participer à cette expérience de création d’une histoire du futur.
Bratislava : En bref, nous trouverons un rôle pour chaque personne volontaire. Et promis, ce sera amusant!
Bruxelles : Oh oui!
Bruxelles : Allez, prends soin de toi et à bientôt.